Le pape en visite auprès des communautés autochtones du Canada: «Je veux plus que des excuses»

25 juillet 2022 à 14h34

À son arrivée, dimanche 24 juillet, le pape François a rencontré des chefs autochtones et des survivants des pensionnats à Edmonton, en Alberta. C'est dans cette province qu'avaient été créés le plus grand nombre de ces établissements, dans lesquels, pendant plus d'un siècle, les enfants des Premières Nations ont été envoyés de force et maltraités. Sa venue ravive donc des cicatrices et les attentes sont grandes.

Le pape a été accueilli au son de la musique autochtone, dimanche 24 juillet. Aux côtés de Justin Trudeau, des chefs des Premières Nations et des survivants des pensionnats ont pu le saluer, rapporte notre correspondant à Montréal, Alexis Gacon. Evelyn Korkmaz a passé plusieurs années dans le pensionnat de Sainte-Anne, où des centaines d'enfants ont subi des violences physiques, elle ne pense pas réussir à échanger avec le pape lors de sa venue au pays, mais elle souhaiterait qu'il comprenne ce message : « Je veux plus que des excuses. Je veux des gestes, exhorte-t-elle. Je souhaite la justice, il faut rendre publics tous les documents sur les pensionnats que possède l'Église. »

Jusque dans les années 1990, environ 150 000 enfants, inuits, métis ou membres des Premières Nations, ont été enrôlés de force dans ces établissements gérés en grande partie par l'Église catholique. Des milliers n'en sont jamais revenus. Comme l'a révélé une commission d'enquête, les enfants étaient souvent victimes de mauvais traitements et de viols.

« Que les responsables soient traduits en justice »

C'est le cas de l'ancien chef algonquin Jimmy Papatie. Il avait cinq ans lorsqu'il a été arraché à sa famille pour être scolarisé dans un pensionnat au Québec. Aujourd'hui, il peine toujours à se reconstruire. « Le fait d'avoir connu des abus sexuels de la part d'un prêtre en pensionnat, c'est traumatisant. Ils ont hanté ma vie, 38 ans plus tard, je comprends les effets, les impacts sur ma vie, témoigne-t-il. Même si le pape s'excuse, ça ne va pas changer ma vie. Je suis très réticent, je me dis tout le temps que sa visite est un exercice de relations publiques pour calmer l'opinion publique ici au pays. Je n'ai jamais souhaité que le pape vienne s'excuser, ce n'est pas le pape qui est responsable. Il est le chef de l'Église, mais il n'est pas responsable. Tout ce qu'on attend du pape, c'est que tous les gens qui ont fait bobo à des enfants, les religieuses, les frères, soient traduits devant les tribunaux. Il faut que ces gens-là soient carrément destitués de l'Église, mais aussi envoyés dans des centres de thérapie, puis qu'ils aillent en prison s’il le faut. Ces gens-là ne vont pas en prison, c'est ça qui est aberrant. Ils n'ont pas les mêmes traitements qu'un citoyen ordinaire. »

Le voyage du pape est longtemps resté en suspens, à cause de sa santé chancelante. Le père Yoland Ouellet, directeur national des Œuvres pontificales missionnaires au Canada francophone, se réjouit qu'il ait été maintenu. Il pense que la visite va aider l'Église et les autochtones à se réconcilier. « C'est quand même une tache dans notre histoire et nous avons une responsabilité à l'assumer. C'est de l'ombre dans notre belle histoire. »

Mardi, le pape donne une messe au stade d'Edmonton. Les 16 000 premiers billets donnés en ligne pour y assister se sont envolés en quinze minutes.

C'est un enjeu de reconnaissance de ce qui est survenu dans les pensionnats en termes d'abus de toutes sortes sur une longue période de temps. Ces abus survenaient, mais pendant très longtemps, on n’en parlait pas, et même entre eux, les autochtones n'en parlaient pas. C'était rattaché à une entreprise de déprogrammation culturelle et de déprogrammation linguistique. RFI

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